Un nouveau Battlefield apparaît. « Mais enfin, allez-vous me dire, que nenni mon ami ! Ce n’est pas Battlefield 5. » Et vous avez raison. Déjà parce que le titre n’indique pas que c’est le 5e opus et aussi parce que DICE, l’emblématique studio derrière la franchise, n’a que peu touché à ce nouveau Champ de Bataille : la ligne dure. C’est Visceral Games (Army of Two Dead Space) qui se charge en 2015 de produire ce spin-off. Et pour le coup, on pouvait s’attendre à voir (enfin) une narration digne de ce nom pour Hardline. « Alors, mon ami, me direz-vous, ça envoie du steak ou pas trop ? » Eh bien…

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En chacun de nous sommeille un salaud flic

Dans un monde parfait, il y a les bons et les méchants. A Miami, il y a les bons flics et les mauvais flics. Et aussi les bons méchants et les mauvais méchants. Et des Coréens (on ne les oublie pas). Et puis, il y a Nick Mendoza, un flic américano-cubain qui tente de combattre les cartels de la drogue dans sa ville. Malheureusement pour lui, ses équipiers, et grosso modo tout le monde autour de lui, semblent corrompus. Impossible d’arrêter cette vague criminelle et de faire son job honnêtement. Heureusement, il peut compter sur un tas de menottes qui vont l’aider à boucler la moitié du pays. Quelle veine !

Cette campagne solo dure entre 7 et 10h, le temps de s’habituer à l’affreux doublage qui donne un cachet de série B à l’histoire. J’ai dit « série » ? Ah oui, vous vous souvenez quand EA disait que Hardline se baserait sur le modèle des séries télévisées ? Il suffit de remplacer le mot « série » par « chapitre » et vous ne verrez aucune différence. Oh, il y a bien des résumés des « épisodes » précédents mais dans l’ensemble, ce modèle sériel ne change rien à une bonne vieille campagne solo. Bon, outre tout cela, l’aventure de Nick Mendoza est assez intéressante, pour peu qu’on n’ait jamais vu de films policiers sortis ces cent dernières années. Tout est très cliché, en témoigne les personnages (l’asiatique qui fait du karaté, le cubain au passé trouble, le flic ripou qui veut régner sur sa ville ou le chef d’un cartel de drogue qui en fait est sympa). Bref, toutes les situations, tous les dialogues et toutes les scènes sont affligeantes. Mais prise dans son ensemble, cette campagne de Hardline se suit relativement bien et l’histoire reste agréable. On rigole de sa bêtise mais on l’aime bien au fond.

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Menottes, menottes, menottes

Côté gameplay, on reprend une formule qui marche, à savoir celle de Far Cry. Nick Mendoza peut utiliser son téléphone intelligent pour scanner les zones, trouver les alarmes, observer les ennemis et même choisir un itinéraire. Certaines missions peuvent donc se jouer différemment puisque les développeurs ont pensé à mettre en place des sortes de zones ouvertes desquelles il est possible d’établir une stratégie d’approche. On peut ainsi grimper une échelle et se poster en hauteur, foncer dans le tas ou encore tenter d’escalader cette petite caisse et pénétrer dans la zone de manière discrète. Bref, les angles d’approche sont variés et amènent une diversité bienvenue à l’action. Enfin heu.. action ? Non parce que je crois que j’ai traversé cette campagne sans tirer un seul coup de feu. Oui, mesdames, messieurs, j’ai joué à un FPS sans tirer. Parce que Nick Mendoza est ce super héros qui possède le pouvoir de fabriquer des menottes à partir de rien et d’arrêter une ville entière à la seule force de son badge et de ses poignets. Une sorte d’agent Carotte[1] pathétique.

A côté de ça, différentes missions annexes se greffent sur l’histoire principale. Il est ainsi conseillé de trouver des indices et d’arrêter des suspects en observant leurs visages (délit de faciès). Ces éléments permettent de compléter plusieurs affaires en cours. Une astuce de gameplay qui pousse à l’exploration. Cette campagne solo est donc à la fois intéressante de par sa bêtise, offre quelques bons moments de spectacles et peut se jouer sans tirer un seul coup de feu. Un jeu aux antipodes de sa génération, avec un véritable parti pris sur les armes à feu dans le corps policier.

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Le multijoueur, cet autre aspect du jeu solo

L’autre aspect d’un Battlefield concerne son multijoueur. Attendu comme une bonne alternative à celui de Battlefield 4, globalement décevant dans son ensemble, Hardline propose plusieurs nouveaux modes : Braquage, Argent Sale, Sauvetage et Contrat qui viennent compléter les désormais classiques Conquête et Match à Mort en Equipe. Malheureusement, tous ces nouveaux modes finissent de la même manière : en milieu de carte avec tout le monde tirant à tire-larigot, chacun dans son coin. Fades, sans intérêts et extrêmement frustrants pour un néophyte, ils me font grandement regretter les conquêtes de Battlefield 2 et 3. Tout est très brouillon, les ennemis peu reconnaissables, les objectifs quasiment indiscernables et tous les joueurs y allant de leur propre initiative, souvent avortée par une balle perdue. A moins d’aimer se balader en moto à très grande vitesse sur des cartes plutôt ramassées ou de se faire éliminer à la chaîne par un sniper posté sur un toit accessible uniquement en hélicoptère, ce multijoueur est lui aussi très décevant. Dommage, parce qu’il y a de bonnes idées, simplement pas les outils nécessaires à diriger les joueurs. Ces derniers jouant un mode Sauvetage comme une conquête.

Battlefield: Hardline possède une campagne solo avec des éléments de gameplay intéressants et certains passages plutôt nerveux (mais trop rares). Certes très cliché et autant troublante qu’un pet dans la mare, l’histoire de Nick Mendoza se situe entre le sympa et l’affligeant. Difficile à juger tant elle est bien construite mais très mal jouée. Bref, ce n’est ni l’horreur attendue, ni le messie espéré. C’est simplement sans consistance. Quant au multijoueur, il possède de nombreuses bonnes idées mais qui sont souvent trop éclatées entre le gameplay et les cartes peu originales. On le regarde avec peine, regrettant l’enfant perdu qu’était Battlefield 2 et son petit frère (le 3). Par contre, si les menottes sont votre truc, ce jeu est fait pour vous.

Battlefield: Hardline Visceral Games et DICE/EA. PC/PS4/Xbox One/PS3/Xbox360.


[1] L’agent Carotte est un nain de deux mètres, capable d’envoyer métaphoriquement « Les Lois & Ordonnances » à la tête de quelqu’un.