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Bioware sort un jeu! Il fut un temps où cette simple phrase aurait eu des effets néfastes sur les slips et les culottes de beaucoup d’entre nous, mais voilà, le temps a fait son effet et le studio emblématique des jeux de rôle est passé par une transformation douloureuse. Plusieurs membres cadres sont partis, laissant Bioware a l’abandon, sans idée et avec l’énorme échec de SWTOR sur les épaules. Un comble pour les créateurs de Baldur’s Gate. Et c’est dans ce contexte que sort Dragon Age: Inquisition, entre doutes, craintes et fol espoir. 

Avant de détailler le jeu, je vous propose comme d’habitude de mettre en contexte ce test. Si les grands sites ont depuis quelques semaines publiés des articles dessus, il faut rappeler que bon nombre de journalistes l’ont critiqué depuis son annonce. Un peu par facilité en réalité. Oui, il était facile de le démonter sur des démos courtes, sur des trailers qui se faisaient rares ou sur la base d’un Dragon Age 2 détesté par les joueurs. Et puis Electronic Arts ne semblait pas trop vouloir faire grand cas de son jeu, le mettant très peu en avant et évitant soigneusement de préciser que, oui, oui, c’était bien eux les éditeurs. Notez que généralement le logo d’EA apparaît en gros et grand en début de jeu. Avec Dragon Age: Inquisition, il est relégué en bas de l’écran d’accueil, sur un côté. Une preuve que l’éditeur américain ne croyait lui-même pas à ce projet.

Enfin une belle histoire

Le monde de Thédas est en proie à un terrible cataclysme. Des failles démoniaques se sont ouvertes un peu partout, des tensions politiques entre les factions empêchent l’organisation de la résistance et la Divine Justinia est morte dans une explosion du Conclave. Explosion à laquelle vous avez survécu et qui va vous amener sur la voie de l’Inquisition. Cette entité créée à la va-vite doit réussir là où les Templiers et les Mages ont échoué: fermer les failles, restaurer l’ordre et mettre en lumière plusieurs complots. Et ça tombe bien parce que vous seul avez le pouvoir de fermer les failles. C’est dans ce contexte que vous serez amenés à explorer ce monde brisé et chaotique. Heureusement, vous pouvez compter sur l’Inquisition pour vous aider dans cette tâche. Une histoire bien sombre, mystérieuse et ficelée comme jamais: un vrai bonheur.

Ceci étant dit, que vaut Dragon Age: Inquisition maintenant? Après plusieurs heures dessus, un constat s’impose: DAI est un excellent jeu fantastique. Vous incarnez un personnage parmi quatre races: Humain, Nain, Elfe et Qunari. Trois classes sont également jouables: guerrier, mage et voleur avec plusieurs spécialisations. L’interface de personnalisation est très complète, ce qui permet de façonner un personnage sur mesure. C’est une étape importante puisqu’il faut compter au moins 60 heures pour la quête principale et le double pour terminer les quêtes secondaires. Il serait donc dommage de se taper autant de temps avec un personnage que vous n’aimez pas ou que vous trouvez moche. Bien que les visages puissent être modélisés au détail près, il est impossible de modifier certaines caractéristiques physiques comme la taille des corps. Mais qu’importe, la force de DAI ne se situe pas que dans cette approche de personnalisation mais bien ailleurs…

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T’attaques ou j’attaque?

Avec des heures de dialogues intelligents, drôles parfois, sérieux et/ou engagés, ce troisième opus de Dragon Age propose un jeu maîtrisé et superbement bien réalisé. Les personnages de l’Inquisition ont tous des motivations valables, une histoire qu’il faut parfois percer et des caractères diamétralement opposés, ce qui varie énormément les missions. Si l’histoire principale est somme toute intéressante, Dragon Age: Inquisition regorge d’activités annexes à faire. C’en est parfois déroutant tant il y a de quêtes qui s’affichent à l’écran, entre découvertes de grottes, sauvetage de mari/femme disparu et récolte de plantes douteuses. Parce que ce Dragon Age a une force, l’exploration, il ne limite jamais le joueur dans sa progression. La mini-carte n’affiche pas le terrain, uniquement des destinations possibles, ce qui pousse à aller voir ce qu’il y a au-delà de la petite colline, du village abandonné ou de ce fort à moitié détruit. Des tonnes de quêtes viendront ainsi naturellement se greffer à votre progression, offrant des moments de découvertes extrêmement sympathiques.

Dragon Age: Inquisition n’est pas un open world au sens où il est possible de traverser la carte comme bon vous semble. Il existe ainsi plusieurs zones de tailles variables, avec chacune une histoire, un design spécifique, des environnements différents et plusieurs activités. Il est tout à fait possible de se perdre et d’explorer des heures durant ces zones, le jeu vous pousse d’ailleurs à faire ça. L’exploration est récompensée par de l’expérience et des points à dépenser sur la Table de l’Inquisition. Cette Table permet de gérer ses troupes et de lancer des missions annexes pour vos personnages. Elle joue un rôle important dans la progression puisque c’est grâce à elle que vous pourrez débloquer les zones. Bioware signe ici un outil simple, pratique et tout à fait dans l’esprit de l’Inquisition. Tout est basé sur la gestion de ressources et de points à dépenser, que ce soit pour vos personnages ou pour vos troupes. La montée de niveaux permet de gagner un point à dépenser dans un arbre basique au début et qui se complexifie au fil des niveaux et des heures de jeux. Ainsi, Bioware nous prend doucement par la main au début pour mieux nous faire apprécier son jeu, ce qui n’est de loin pas dérangeant. De jeu de rôle hardcore, il se transforme en un jeu de rôle accessible par tous et compréhensible pour les non-initiés du genre.

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Qu’il est beau mon royaume

Il est possible de jouer à Dragon Age: Inquisition de différentes manières. Pour exemple, je n’utilise que très peu l’aspect tactique qui consiste à arrêter le temps, à ordonner à son groupe les actions à faire et à reprendre le combat. D’une part parce que ce système casse l’action et d’autre part parce qu’il n’est possible de ne donner qu’un ordre par personnage, autant dire qu’une fois effectué, impossible de véritablement voir la différence. Du coup, je préfère laisser mes compagnons se gérer eux-mêmes, ce qui va très bien, et me concentrer sur mon personnage. En augmentant la difficulté du jeu, les combats prennent un tout autre aspect tactique. Une préparation est nécessaire et une gestion parfaite de ses compagnons est indispensable sous peine de mourir à chaque combat. L’aspect tactique est ainsi un choix du joueur en fonction de la difficulté dans laquelle il souhaite évoluer.

Parlons maintenant de l’aspect graphique. Si la version PC est toujours supérieure aux consoles, ces dernières ne déméritent pas face à la lead-plateforme. DAI offre des panoramas exceptionnels, des effets de lumière très beaux et une composition graphique solide, quoique parfois ternie par des animations rigides, des regards dans le vide et quelques petits bugs. Le Frostbite 3 fait des merveilles et immerge parfaitement le joueur dans le monde de Thédas. La direction artistique est également de qualité. Si l’identité de la série a souvent été décriée, il faut reconnaître que ce troisième opus offre véritablement des décors qui collent parfaitement à l’esprit fantastique de la série. Il manque néanmoins un petit supplément d’âme dans les PNJ et les activités qu’ils entreprennent pour vraiment passer un palier, mais si on fait fi de ça, DAI est un excellent opus et un très bon jeu de rôle.

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Dragon Age: Inquisition est peut-être le meilleur de la saga et l’un des meilleurs RPG de Bioware. Sa qualité technique, artistique et scénaristique en font un des jeux de rôle les plus complets. L’histoire, quoique classique, est assez intéressante pour qu’on veuille bien découvrir tous ses secrets, mais la force de ce Dragon Age réside bien dans l’exploration. Le fait de flâner est ici encouragé par les développeurs avec tout un tas de quêtes annexes. Les dialogues, toujours doublé à la perfection, remplissent parfaitement le rôle de liant entre ce monde complexe fait de religion, de politique et de magie et le joueur. L’Inquisition est chargée de remettre Thédas sur le droit chemin, sachant qu’il y aura forcément des déçus. Les tensions politiques entre les factions et les discours religieux sont au centre du jeu, offrant ainsi un opus engagé. Quant au gameplay, il est préférable de ne pas utiliser l’aspect tactique dans des modes de difficultés faciles puisqu’il ne permet, au final, de ne pas faire grand chose. Dragon Age: Inquisition est ainsi un jeu de rôle intéressant, scénarisé et prenant. L’un des tous meilleurs titres de cette année.

Editeur: EA
Studio: Bioware
Testé sur PS4.