Les créateurs de Remember Me, le studio DONTNOD, reviennent avec un titre aux ambitions revisitées. Life is Strange est un jeu en cinq épisodes qui vient lorgner du côté de Telltale, bien que le lien ne soit pas si facile à établir. Si Life is Strange est un jeu quelque peu difficile à catégoriser, il n’en demeure pas moins qu’il possède déjà tous les atouts pour devenir un bon jeu d’aventure.

lifeisstrange-screencap-4

Le premier épisode se nomme Chrysalis et il n’y a aucune innocence derrière cette appellation puisque tout se met en place de manière assez lente tandis que le joueur est plongé dans une construction des personnages à l’instar d’un papillon prêt à s’envoler pour la première fois. Life is Strange raconte ainsi l’histoire de Max, une jeune fille de 18 ans qui revient dans sa petite ville natale, Arcadia Bay, pour y suivre des cours de photographie dans une académie. Si sa vie semble être celle d’une adolescente timide, sans trop de confiance en elle et plutôt obnubilée par ses photo, tout bascule au moment où Max réalise qu’elle arrive à remonter le temps. Une découverte qui va la plonger dans la vie des autres à la recherche d’une personne disparue, en tentant souvent de réaliser les actions qu’elle aurait voulu faire. Mais attention ! dès que la chrysalide s’ouvre, l’effet papillon surgit…

Ce premier épisode a pour but de poser les personnages et l’histoire, ce qu’il réussit parfaitement. Max est une jeune fille qui se cherche, solitaire et qui semble ne pas trop savoir s’y prendre avec les garçons, en témoigne sa relation avec Warren, cet ami geek qui développe des sentiments pour elle. Chloé, sa meilleure amie d’époque, réapparaît transformée et différente, comme si la vie, elle, l’avait chahutée de droite à gauche. Victoria, la peste de service, la reine du lycée, la plus belle et la plus envieuse se charge de faire souffrir celles qui ne sont pas comme elle. Les caractères sont posés, peut-être de manière un peu cliché mais n’exagérant en rien certaines situations vécues par tout un chacun. Ajoutée à cela, la ville d’Arcadia Bay, qui se voit presque comme un personnage, offre un panel de couleur orangée, comme si un soleil de fin d’après-midi ne cessait jamais de l’éclairer de sa luminosité. Le temps semble être arrêté dans cette petite ville américaine, la mélancolie de l’instant prend le pas sur les sentiments et l’ambiance sonore, de la folk et de la guitare sèche, immerge le joueur dans un sentiment encore peu vu dans le jeu vidéo : il mélange les chocolats chauds d’hiver au soleil couchant d’un soir d’été.

lifeisstrange-screencap-3

Max a donc le pouvoir de remonter dans le temps, ce qui va la pousser à agir afin d’en gérer au mieux les conséquences. Si le système de Telltale plonge le joueur dans l’urgence et les conséquences immédiates, DONTNOD se refuse catégoriquement à faire de même. Les choix n’ont pas de jauges de temps et les conséquences ne surgissent que bien plus tard dans l’histoire. Pour exemple, Max a le choix d’intervenir ente deux individus ou de prendre une photo. Si l’intervention bénéficiera dans l’immédiat à la relation qu’entretient Max avec un des personnages, la photo, elle, ne permettra de dénoncer une situation que bien plus tard. Cette manière de procéder est maîtrisée, encore que peu utilisée dans ce premier épisode, mais le potentiel est là pour créer des situations qui exigent du joueur une réflexion. Ce qui est intéressant également, c’est que ces choix effectués par le joueur créent un paradoxe temporel. En effet, Max déclame souvent après un choix qu’elle aurait pu faire autrement, ce qui peut pousser le joueur à revoir son choix de base fait souvent instinctivement. S’en suit une remontée dans le temps pour revivre la situation et se redemander ce qui semble être approprié. DONTNOD a là un outil extrêmement intéressant pour évaluer le comportement des joueurs face à ces moments. En somme, évoluer dans le temps, encore sous-estimé dans ce premier épisode, permet de négocier certaines énigmes de manière adéquate, de modifier ou de revenir sur certains choix. L’effet papillon…

[youtube width=”720″ height=”405″]https://www.youtube.com/watch?v=AURVxvIZrmU[/youtube]

Le gameplay quant à lui est assez simple. Max se déplace librement dans les décors à la recherche d’objets. Elle peut fouiller, poser des questions, prendre des photos à certains endroits etc. Le jeu se rapproche des point’n’click d’avant Telltale et donne envie surtout de tout explorer pour continuer à se balader dans cette ambiance folk et orangée d’une petite ville américaine. Les interactions ne sont jamais gratuites, il y a toujours une petite information à glaner par-ci, par-là. Le gameplay est simple mais jamais donné. Il y a bien quelques défauts de caméra et de souris mais dans l’ensemble, c’est un pur plaisir que d’évoluer dans cette histoire et d’avoir le sentiment de vivre une aventure maîtrisée, simple et touchante.

Life is Strange est bien parti pour être la petite perle de ce début d’année. Si le suspense est différent d’un jeu Telltale, l’intérêt est lui tout autant développé. Le stress des situations fait place ici à la réflexion. Le fait de remonter dans le temps de quelques instants ne gêne en rien les choix effectués tant les conséquences peuvent parfois être lointaines. Et on se surprend à revisiter certains choix pour peut-être mieux agencer la suite de l’histoire. Plein de mystères, ce premier épisode pose les jalons d’une narration moderne, adulte et bien réalisée. L’ambiance d’Arcadia Bay, les guitares de José Gonzales ou d’Angus et Julia Stone, le soleil orangé, l’aspect photographique et ce sentiment de mélancolie qui prévaut dans le personnage de Max ont de quoi offrir au joueur un des plus beaux tableaux de ce début d’année.