Des oeuvres de grandes envergures, il s’en trouve quelques-unes dans le jeu vidéo. Qu’on aime ou qu’on déteste la série des Metal Gear, il est tout de même convenu de dire que la saga d’Hideo Kojima reste un des grands monstres sacrés de l’industrie vidéoludique. Lorgnant très clairement du côté du cinéma par moment, proposant une narration gargantuesque et un univers complotiste que ne renierait pas un adepte des Illuminatis, la série des Metal Gear se dote cette année d’un dernier épisode. Un ultime chant du cygne qui laissera à n’en pas douter un héritage, thème cher à son auteur.

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Metal Gear Solid V: The Phantom Pain nous plonge au coeur des années 80’, dans une guerre froide interminable. L’Union Soviétique investit l’Afghanistan. Des sociétés militaires privées s’arrachent un petit bout d’Afrique. Les terrains de jeu sont posés. Au milieu de cela traînent Big Boss et ses Diamond Dogs. Lui qu’on croyait disparu renaît de ses cendres dans une séquence initiale chargée émotionnellement. On peine parfois à tout comprendre, mais cette première partie annonce déjà un jeu chaotique mais profond. Big Boss est de retour et il n’est pas content de s’être fait enlever ses Militaires sans frontières (voir Ground Zeroes). En quête de vengeance, privé d’une main et visiblement affecté par des douleurs venues d’un passé lointain, Big Boss doit tout reconstruire et recommencer, encore une fois. Recommencer, revenir, retrouver sa légende, voilà les mots d’ordre pour celui qui est considéré comme le plus grand soldat de tous les temps.

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Souvenez-vous, Big Boss obtenait son titre en battant son mentor, The Boss. Metal Gear Solid 3: Snake Eater sublimait cette histoire. On sentait dès lors dans le personnage de Snake une certaine distance. D’abord avec son propre gouvernement, ensuite avec les idées qui l’avaient animées en tant que soldat. Ces éléments se retrouvent décuplés dans ce MGSV. A la fois dans le fait que Snake, malgré le doublage de Kiefer Sutherland, est en grande partie muet comparé aux autres protagonistes, et puis surtout parce que son attitude dénote une certaine lassitude dans ses actions. On le sent fatigué, las de cette guerre qui ne cesse jamais. Comme si, ici, Big Boss devenait Hideo Kojima, son créateur à jamais lié à son oeuvre mais épris d’une volonté de distanciation par rapport à elle. MGSV n’est au final qu’une parabole géante de ce qu’Hideo Kojima a traversé en accouchant de ce dernier projet. Chaotique, doté d’une narration éclatée, différent à bien des égards de ses prédécesseurs, ce MGSV contraste, détone, surprend, déçoit par moment mais reste un ovni du jeu vidéo qui vient conclure de manière sublime cette longue saga commencée en 1987.

Parler de MGSV, c’est aussi parler d’infiltration. Kojima l’avait annoncé, ce dernier opus se transformerait en monde ouvert. Il est nécessaire de rectifier cela en précisant qu’il s’agit de deux grandes zones dont les opportunités ne se rapprochent que de loin d’avec ce que la coutume nomme monde ouvert. GTAV ou The Witcher 3 ont des approches similaires dans le sens où le monde semble vivre en dehors du jeu, où des événements aléatoires entrent en compte dans la progression et où le joueur se voit assaillir de quêtes en tout genre. MGSV n’est pas de ce type de jeu. Il propose certes quelques missions secondaires qu’il est convenu d’effectuer en se « baladant » mais le principe premier de ces zones ouvertes réside dans l’approche de l’infiltration.

Les bases ennemies forment ainsi la plus grande partie du terrain de jeu, ce qui rend l’alliage entre le gameplay et le level design proche de la perfection: Snake s’infiltre, grimpe, rampe le tout avec la plus grande discrétion (si vous le voulez, il est possible d’y aller “à la bourrin”, mais il s’agit alors là d’un tout autre jeu). Snake voit ainsi ses possibilités d’infiltration décupler. Il est possible d’escalader un surplomb, d’observer les gardes, de repérer les failles, de doucement s’approcher en évitant les rondes des soldats, de finalement avancer silencieusement jusqu’à l’objectif. Le jeu est fait de telle manière que chaque approche est différente, excitante également.

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A proprement parler du jeu, il convient de préciser qu’il sera difficile d’aborder toutes les subtilités du gameplay de cet épisode. MGSV se découvre de jours en jours, de missions en missions. Les éléments se débloquent au fil du temps, offrant à chaque fois de nouvelles possibilités d’aborder les objectifs. L’infiltration, le coeur du gameplay, n’a jamais autant bien porté son nom dans un jeu vidéo. Approche furtive, reconnaissance du terrain, déplacement silencieux, tout est mis en place pour que le joueur s’infiltre dans un camps soviétique et reparte en ayant accompli son objectif. C’est prenant et jamais répétitif, à l’inverse des missions secondaires qui manquent souvent de diversité. On fait et refait finalement beaucoup de fois la même chose mais l’approche, elle, reste toujours fraîche

Côté narration, ce dernier épisode propose une approche différente. Eclatée, c’est peut-être le mot. Fini les longues cinématiques à chaque ouverture de porte, les dialogues passionnants mais interminables. MGSV se caractérise par une narration audio à base de cassettes. On découvre ainsi le fil de l’histoire quand on veut, au gré des balades et des missions secondaires. Cette manière d’aborder le scénario étonne mais n’est jamais ennuyante. Le doublage de grande qualité participe beaucoup à sa réussite et cette approche contraste bien à l’ambition démesurée de ce Metal Gear. On regrettera peut-être un casting pas forcément très marquant au niveau des boss mais malgré cela, ce MGSV regorge de qualités et de scènes inspirées, le tout enrobé dans une doucereuse ambiance 80’s.

Difficile de ne pas s’étaler lorsque l’on parle de ce Metal Gear Solid V: The Phantom Pain tant il y a d’éléments à prendre en compte. Graphiquement sublime, doté d’une histoire particulière et peu convenue, alternant entre des phases d’infiltration et des moments de gestions de la fameuse Mother Base, cette oeuvre d’Hideo Kojima sonne une dernière fois. Sans aimer Metal Gear, il est possible de prendre du plaisir en découvrant ce gameplay taillé aux petits oignons. Une dernière fois, diriger Big Boss, suivre son aventure, sa vengeance et sa transformation ne laisse pas indifférent. Un jeu qui va marquer très clairement sa génération et qu’on érigera sans doute en tant qu’oeuvre géniale d’ici quelques années.