No Man’s Sky, c’est ce titre évocateur pour tous ceux qui suivent quelque peu l’actualité. Développé par Hello Games, No Man’s Sky a beaucoup fait parler de lui ces dernières années. Ses promesses d’un univers infini, de l’exploration de planètes luxuriantes et de découvertes d’espèces toutes plus extraordinaires les unes que les autres ont charmé, passionné les joueurs jusqu’à atteindre un degré rarement vu. Et attention à la formulation convenue qui suit, mais à trop vouloir voler près du ciel, on risque de se brûler les ailes.

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Tout d’abord, rappelons le principe de NMS. Il s’agit d’explorer des planètes dans un univers infini, ou du moins si vaste qu’il ne sera jamais exploré dans son entier. C’est un peu la beauté de NMS que de se rendre compte que comme notre propre galaxie, nous ne pourrons jamais tout voir, tout explorer et il restera des paysages et des poissons à cinq bras que personne ne verra. Ce procédé est possible grâce à la génération procédurale des environnements et des espèces, rendant ainsi chaque planète unique. Du moins en apparence, car après plusieurs heures et une dizaine de planètes explorées, on se rend vite compte que NMS a de la peine à recréer l’émerveillement de la première découverte. Je n’ai ainsi jamais posé les pieds sur une planète “comme on en voit dans les trailers”. Oh, je suis bien tombé sur un caillou tout rouge, mais ça n’en valait pas trop la peine. Il est tout de même possible de découvrir une planète luxuriante qui saura capter votre coeur, mais ces moments sont rares. Surtout, ils sont pénibles du fait du procédé caché derrière pour réussir à explorer convenablement une planète.

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No Man’s Sky possède sans doute le titre le plus juste de l’histoire du jeu vidéo: le ciel n’est à personne, et il en est ainsi parce que personne ne peut l’atteindre. Dans NMS, pour s’échapper d’une planète, il va falloir récupérer tout un tas d’éléments, de roches, d’isotopes et autres métaux précieux dans le but de recharger ses équipements et son vaisseau afin de vendre toute cette marchandise dans des stations spatiales gérées par un conglomérat d’hommes-singes jaunes. On passe donc la majeur partie de son temps à fouiller autour de son vaisseau pour récupérer juste ce qu’il nous faut pour décoller et repartir sur une autre planète. L’exploration, le coeur de NMS, en prend donc un sacré coup parce qu’il est possible de manquer de ressources et de crever la bouche ouverte face à un panorama sublime mais mortel. Chaque décollage coûte des ressources, ce qui pousse à explorer à pied, mais sans donner de réelles possibilités d’appeler son vaisseau après une heure de marche. Résultat, on ne s’éloigne que très peu de sa poubelle stellaire, on explore une infime partie des alentours et on repart le coeur un peu triste de ne pas avoir pu faire le tour du propriétaire.

Sur le principe, le côté survie semble être plus important que l’exploration. Cela ne serait pas trop gênant s’il ne fallait pas ouvrir son inventaire toutes les deux minutes afin de recharger sa combinaison, son outils de minage qui sert occasionnellement d’arme, son bouclier, ses propulseurs etc, etc. On passe un temps fou dans les menus à recharger des jauges qui n’ont aucun intérêt tactique si ce n’est de se vider rapidement. Mention spéciale au développeur qui s’est dit que ce serait super de devoir ouvrir le menu afin de recharger manuellement les boucliers de son vaisseau en plein combat sans que le jeu ne se mette en pause. Un exercice complètement stupide qui casse l’action, le rythme et qui rend les combats spatiaux vraiment pénibles et très embêtants. Et le but dans tout ça ? Difficile encore de comprendre de quoi il en retourne mais après plusieurs heures de jeu, c’est une routine enivrante mais parfois pénible qui s’empare de l’esprit. On suit manuellement le chemin vers le centre de la galaxie, on s’arrête pour découvrir des artefacts extraterrestres sans jamais vraiment comprendre les enjeux derrière NMS. Existe-t-il des factions, des problèmes politiques, des guerres intersidérales ? Possible, peut-être… ou pas. On suit la voit “Atlas” et on découvre une sorte de fil narratif si faible qu’il en devient presque anecdotique. Chaque extraterrestre rencontré dispose de quelques lignes de dialogue qui se répètent au fil des rencontres sans jamais vraiment réussir à gommer le fait qu’il n’y pas d’histoire cachée derrière NMS. Alors on repart sans trop se demander ce qu’il se passe après avoir vendu des breloques glanées par-ci, par-là.

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Oubliez également votre chapeau d’Han Solo, vos envies de contrebande ou de piraterie. NMS ne dispose pas de “carrières” au sens propre, n’encourageant ainsi personne à jouer un rôle. Parce que NMS n’est pas un jeu de rôle dans l’espace, ce n’est même pas un jeu au gameplay riche et varié malgré l’univers infini. Dans NMS, on galère, on souffre, on explore, on découvre une espèce qu’on nomme affectueusement “ciboulette” ou “sauciflard” en rigolant tout en sachant que personne ne viendra poser le pied sur cette planète. NMS, c’est d’abord la contemplation du vide et une fois cela intégré, il s’en suit une certaine ivresse. On se crée sa propre histoire, on s’invente des scénarios et on cherche les plus beaux panoramas. Mais petit à petit, l’imagination remplace le jeu qui fini par disparaître jusqu’à ne plus être un jeu, juste un souvenir.

No Man’s Sky est avant tout un exploit technique lorsqu’on aperçoit les mathématiques qui régissent cet univers aux milliards d’étoiles et planètes. Le moteur graphique offre par moment des images sublimes alors qu’à bien y regarder, les textures sont parfois franchement laides. S’il vaut le détour pour son expérience unique, n’espérez pas y trouver le jeu spatial ultime, la faute à un manque de contenu, de consistance. J’aurais aimé sentir des factions politiques, m’attacher à une carrière, m’entourer d’amis, combattre à leur côté sans tomber non plus dans une simulation à la Elite. Au lieu de cela, NMS joue la carte du vide, de l’exploration par la souffrance, des combats au sol qu’on voudrait éviter contre des sondes qui gardent les planètes, des soucis d’inventaire qui plombent le rythme. Tous ces problèmes clouent le joueur au sol au lieu de le laisser s’envoler vers ce ciel promis. Mais on y reviendra, comme happé par l’infini qui se trouve devant nos yeux, comme ce vide que l’on regarde du haut d’un sommet.