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C’est fait. Webedia passe à l’action et ça risque de faire mal, très mal aux sites francophones spécialisés dans le jeu vidéo. La société éditrice de contenus de divertissement déploie enfin son nouveau plan de conquête du marché vidéoludique français. Après deux rachats, Jeuxvidéo.com et Millenium, LeMonde annonce que Webedia est sur le point de lancer un site dans la langue de Yves Guillemot bien connu des joueurs anglophones: IGN. Une stratégie qui interroge.

Des chiffres et des lettres

90 millions d’euros dépensés en juin dernier pour l’acquisition de Jeuxvideo.com, une somme un peu moindre pour obtenir Millenium, presque 20 millions de visiteurs uniques sur toutes ses plateformes, des chiffres qui font peur et qui font mal à la presse jeu vidéo. La supériorité de JVC n’a jamais été contestée par les Gamekult, Jeuxvideo.fr ou autre Gameblog qui se partagent les quelques pourcentages de visiteurs restants et c’est bien cela que Webedia veut, la toute puissance dans une presse qui se cherche et qui cherche un nouveau modèle économique viable. Cette démonstration de force laissera forcément des traces dans le paysage de la presse jeu vidéo et changera de manière significative le mode de consommation de l’information par les différents publics qui se sont regroupés derrière ces sites. Webedia veut toucher tous les types de joueur et pour cela sa mainmise sur les deux pôles de jeux vidéo (JVC et Millenium pour l’eSport) va lui permettre de s’établir sur tous les écrans.

L’IGN à la française

On en sait encore peu sur ce projet mais ce qui est sûr, c’est que Webedia cherche à conquérir de nouveaux joueurs. 70% du contenu d’IGN.fr devrait être des traductions des sites anglophones, ce qui équivaut déjà à ce que font beaucoup d’autres sites français: reprendre les news américaines pour les traduire. Le reste serait un mélange de vidéo. Au final, une formule assez classique. “We have big ambitions in the video gaming world and this agreement with IGN is a major step forward to develop a wide content offering dedicated to gamers, whether they be casual, passionate or expert.” explique Véronique Moral de CEO Webedia sur le site mvcuk.com. La grande interrogation concerne le bon fonctionnement d’IGN.fr en marge de Jeuxvideo.com. Il faudra néanmoins patienter encore un peu avant de tirer des conclusions hâtives sur ce nouveau site.

Trois types de joueur…

Webedia a clairement identifié trois genres de joueur: celui qui s’intéresse à l’actualité de manière assez intensive, celui qui s’intéresse à l’eSport et celui qui ne s’intéresse pas trop mais un peu quand même. Trois types de joueur pour trois sites a priori différents mais dirigés par le même employeur. Plusieurs changements vont donc arriver ces prochains temps et les choses ont déjà commencé à bouger puisque les rédactions de JVC (Aurillac) et Millenium (Marseille) vont être déplacées à Paris pour rejoindre la rédaction de Gaming Live, la web.tv de Jeuxvidéo.com. On ne sait pas si certains journalistes vont être laissés sur place, mais cette restructuration va définitivement appauvrir la diversité des contenus de jeux vidéo pour n’avoir, au final, qu’une seule manière de procéder. Un virage qui pourrait bien faire baisser le taux d’audience en voyant les joueurs les plus attachés à leurs sites respectifs se distancer petit à petit. Si le nombre de visiteurs uniques risque de ne pas trop bouger, voire d’être en hausse, il faudra se rendre compte que les joueurs auront sans doute de plus en plus de mal à se reconnaître dans une communauté diluée entre le père de famille, simple joueur occasionnel de Angry Birds et qui passe de temps en temps sur un site de jeux vidéo au boulot lorsqu’il s’ennuie, et les joueurs plus aguerris qui auront envie d’informations plus pointues. Cette volonté d’unification et de standardisation du contenu n’est pas forcément une très bonne chose pour la presse jeux vidéo.

Heureusement, les magazines papiers renaissent avec pour chacun un public spécifique dont les audiences ne suffiront jamais à concurrencer Webedia mais qui ont tous le mérite d’être au service de la communauté et non au-dessus d’elle. Au moins, à Fellowsheep.ch, il ne nous arrivera pas ce genre de chose. Promis.